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lundi 4 juillet 2011

Le déclin de l'industrie nucléaire



Alors que la situation sur la centrale de Fukushima Daiichi reste très critique et que l'évaluation de la gravité de la catastrophe a largement été sous-estimée, un rapport du Worldwatch Institute montre que l'industrie nucléaire était en déclin, et ce, bien avant la catastrophe japonaise.
Fukushima I, la situation est loin d'être maitrisée : de l'eau douce est toujours injectée en continu dans les réacteurs 1, 2 et 3 afin de maintenir la température. De plus, l'eau utilisée au départ pour refroidir les réacteurs est devenue hautement radioactive et stagne dans les sous-sols de ceux-ci : des opérations de transfert dans des réservoirs sont en cours, selon l'Agence Internationale de l'Energie Atomique (AIEA).
Au 11 mai 2011, des restrictions alimentaires étaient toujours en vigueur dans la préfecture de Fukushima et pour les villes de Kitaibaraki et Takahagi dans la préfecture d'Ibaraki. Dans l'ensemble, la contamination radioactive est bien présente dans les différents milieux de la région de Fukushima même si elle décroît lentement, selon l'AIEA.
Au final, Tepco, l'opérateur de la centrale, a décidé d'édifier des sarcophages de béton, d'acier et de polyester autour des réacteurs en fusion afin de contenir les émanations radioactives. Vendredi 13 mai, Tepco annonçait que les premiers travaux concernant le réacteur n°1 débuteraient en juin 2011, relayait Radio Chine Internationale.
Dans tous les cas, ce désastre sonne sans doute le glas de l'industrie nucléaire, au moins dans l'image de fiabilité, de sécurité et de transparence véhiculée par ses promoteurs.

L'industrie nucléaire est en déclin

Bien avant cette catastrophe, l'industrie nucléaire dans le monde était déjà en déclin selon un nouveau rapport publié par le Worldwatch Institute. "L'industrie nucléaire était déjà sans doute en sursit. Dans l'écriture de l'histoire de l'industrie nucléaire, Fukushima est susceptible d'être son dernier chapitre." a déclaré Mycle Schneider, consultant international sur les questions d'énergie et de politique nucléaire, auteur principal du nouveau rapport "The world nuclear industry status report 2010-2011 - Nuclear Power in a Post-Fukushima World 25 Years After the Chernobyl Accident".
En effet, le parc nucléaire est vieillissant et peu de nouvelles unités sont en construction : la moyenne d'âge des réacteurs nucléaires en fonctionnement dans le monde est de 26 ans. C'est pourquoi, certaines compagnies d'électricité nucléaire envisagent de prolonger la durée de vie de leurs réacteurs à 40 ans ou plus. Vu que l'âge moyen des 130 unités déjà fermées est d'environ 22 ans, doubler la durée de vie des réacteurs encore en fonctionnement reste un pari bien optimiste, surtout si l'on prend en compte la catastrophe nucléaire de Fukushima. Le gouvernement allemand a d'ailleurs pris la mesure du risque suite à cette catastrophe en prenant la décision de suspendre l'activité de tous les réacteurs de plus de 30 ans.
Au 1er avril 2011, il y avait 437 réacteurs nucléaires en fonctionnement dans le monde, c'est sept de moins qu'en 2002. L'AIEA compte actuellement 64 réacteurs en construction dans 14 pays. Par comparaison, à l'apogée de la phase de croissance de l'industrie en 1979, il y avait 233 réacteurs en construction en même temps. Et, en 2008, pour la première fois dans l'histoire de l'énergie nucléaire, aucun nouveau réacteur n'a été démarré. Sept nouveaux réacteurs ont été ajoutés en 2009 et 2010, tandis que 11 ont été fermés durant cette période. Dans le premier trimestre 2011, deux nouveaux réacteurs ont été mis en service.
En Europe, toujours au 1er avril 2011, 143 réacteurs étaient officiellement opérationnels, une baisse notable par rapport au maximum historique de 177 unités en 1989. Bien sûr, le nombre de réacteur n'est pas une indication suffisante et la production totale doit être prise en compte. Or, en 2009, les centrales nucléaires ont produit 2 558 térawattheures (TWh) d'électricité, c'est environ 2 % de moins que l'année précédente. En 2010, 16 des 30 pays producteurs d'énergie nucléaire ont maintenu la part de cette énergie dans leur production totale tandis que neuf l'ont diminué et 5 l'ont augmenté.
Le rôle de l'énergie nucléaire dans la production d'énergie décline régulièrement et ne représente qu'environ 13 % de l'électricité produite dans le monde et 5,5 % de l'énergie primaire commercialisée.
Depuis près de 15 ans, l'énergie nucléaire ne parvient plus à concurrencer le dynamisme insolent des énergies renouvelables. Aux Etats-Unis, la part des énergies renouvelables dans les ajouts de nouvelles capacités de production d'électricité est passé de 2 % en 2004 à 55 % en 2009, sans qu'aucun réacteur nucléaire ne soit construit sur cette période.En 2010, dans le monde, pour la première fois, la capacité de production électrique des énergies renouvelables a dépassé celle de l'énergie nucléaire : 381 gigawatts (GW) contre 375 GW pour le nucléaire. L'investissement total dans les énergies renouvelables, sur cette même année, a été estimé à 243 milliards de dollars.
Afin d'évaluer le nombre de réacteurs qui devront être remplacés pour maintenir la production électrique actuelle, le rapport a établi un scénario où les centrales actuelles et en construction seraient maintenues en fonctionnement en moyenne pendant 40 ans. Il en ressort que 18 réacteurs supplémentaires devraient être achevés et mis en service avant 2015. Cela correspond à un raccordement tous les trois mois avec l'ajout de 191 unités supplémentaires (175 GW) au cours de la décennie suivante. Or, la réalisation de cet objectif est tout simplement impossible compte tenu des contraintes existantes sur la fabrication des composants d'un réacteur nucléaire, sans prendre en compte les conséquences de la catastrophe de Fukushima. Par conséquent, le nombre de réacteurs en exploitation diminuera au cours des prochaines années, sauf si la limite de 40 ans est davantage repoussée, un scénario de moins en moins probable vu la catastrophe de Fukushima.
Quant aux nouvelles générations de réacteurs, le projet EPR en construction à Olkiluoto en Finlande, géré par le plus grand constructeur nucléaire au monde, Areva, a tourné au fiasco financier. Le projet a déjà 4 ans de retard pour un coût total estimé à 5,7 milliards d'euros, soit 90% de plus que le budget initial ! Heureusement, les énergies renouvelables ont un très bel avenir devant elles.

Source

The End of Nuclear - Worldwatch Institute

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avatar Christophe Magdelaine / notre-planete.info

Limiter l'augmentation de la température planétaire à 2 ºC n'est plus réalisable




Selon l'Agence Internationale de l'Energie (AIE), les émissions de dioxyde de carbone (CO2) ont atteint un nouveau et triste record en 2010. Pire : l'objectif phare qui consiste à limiter à 2°C le réchauffement climatique planétaire devient inatteignable.
Si la crise financière mondiale a légèrement entamé l'évolution ininterrompue des émissions de CO2 en 2009, le rebond de 2010 est pire qu'attendu avec un record à 30,6 milliards de tonnes (Gt) de CO2 émis, soit une augmentation de 5% par rapport au précédent record de 2008 (29,3 Gt).
En terme d'énergie fossile, 44 % des émissions estimées en 2010 proviennent du charbon, 36 % du pétrole et 20% du gaz naturel.
Selon les dernières estimations de la National Oceanic & Atmospheric Administration (NOAA), les concentrations planétaires en CO2 étaient de 391,55 ppm(1) en mars 2011, cela correspond à une augmentation de près de 40 % par rapport au début de la révolution industrielle (environ 280 ppm en 1750). A titre de comparaison, il avait fallu plus de 5 000 ans pour que la concentration en CO2 augmente de seulement 80 ppm à la fin du dernier âge glaciaire... (GIEC, 2007).
"Cette augmentation significative des émissions de CO2 et la marge de manoeuvre réduite pour le futur en raison des investissements actuels dans les infrastructures représentent un sérieux revers quant à nos espoirs de limiter à 2°C la hausse globale de température" a déclaré le Dr Fatih Birol, chef économiste à l'AIE qui supervise le rapport annuel World Energy Outlook, la publication phare de l'Agence.
En effet, lors de la conférence de Cancún sur les changements climatiques qui s'est déroulée fin 2010, les états ont reconnu qu'il était impératif de diminuer les émissions de gaz à effet de serre de 25 à 40 % d'ici à 2020 pour ne pas dépasser le seuil fatidique de 2°C(2) d'augmentation de la température moyenne de la planète. Or, pour que cet objectif primordial soit accompli, il faudrait contenir à long terme la concentration en gaz à effet de serre à environ 450 ppm équivalent CO2, ce qui correspond à seulement 5% de plus que la valeur estimée de 430 ppm il y a déjà 10 ans...
De surcroît, l'AIE a évalué que 80% des émissions prévues dans le secteur de l'énergie jusqu'à 2020 sont déjà immobilisés par des centrales électriques qui sont actuellement en place ou en construction aujourd'hui.
Le défi de l'amélioration et du maintien de la qualité de vie des personnes dans le monde tout en limitant les émissions de CO2 n'a jamais été aussi grand. Alors que l'AIE estime que 40% des émissions mondiales provenaient de pays de l'OCDE en 2010, ces pays ne représentent plus que 25% de la croissance des émissions par rapport à 2009. Les pays non membres de l'OCDE(3) - menés par la Chine et l'Inde - ont connu une augmentation beaucoup plus forte de leurs émissions que leurs croissances économiques pourtant exceptionnelles. Toutefois, si l'on se base sur les émissions de CO2 par habitant, les pays de l'OCDE ont émis en moyenne 10 tonnes, contre 5,8 tonnes pour la Chine, et 1,5 tonnes pour l'Inde.
Le rapport World Energy Outlook de l'AIE a déterminé un scénario à 2020 pouvant répondre à l'urgence climatique. Dans celui-ci, les émissions mondiales liées au secteur énergétique ne doivent pas dépasser 32 Gt. Ce qui signifie que les émissions totales des dix prochaines années doivent être inférieures à celles enregistrées en seulement un an : entre 2009 et 2010... Un pari malheureusement intenable.
"Nos dernières estimations sont un nouvel appel au réveil" souligne le Dr. Birol. "Le monde est actuellement incroyablement proche du niveau des émissions qui ne devrait pas être atteint en 2020 pour maintenir l'augmentation en dessous de 2°C. Vu la marge de manoeuvre restante, à moins que des décisions audacieuses et décisives soient prises, il sera extrêmement difficile d'atteindre l'objectif global convenu à Cancún."
Souvenons nous, la conférence de Cancún s'était terminée sous les applaudissements des pays rassemblés et d'un certain nombre de grandes associations de défense de l'environnement (WWF, Greenpeace, Oxfam, RAC France, FNE, Cap 21...). Et pourtant, cet accord demeure peu volontaire et dénué d'objectif contraignant... Cette nouvelle étude montre une nouvelle fois toute l'inefficacité de ce processus de discussions où les déclarations de bonnes intentions supplantent la prise de décision effective.
Le président du Groupe Intergouvernemental sur l'Evolution du Climat (GIEC), Rajendra Pachauri, déclarait déjà fin 2009 : "le monde développé n'a vraiment rien fait. Le Protocole de Kyoto est reconnu plutôt par sa violation que par l'adhésion aux limites qui ont été fixées."

Notes

  1. Cette concentration exprimée en ppm (parties par million) correspond au nombre de molécules de CO2 divisé par le nombre de millions de molécules de l'air.
  2. Les études scientifiques sont formelles : un réchauffement modéré en deçà de 2°C serait encore dans la limite du "supportable" ; au-delà, les conséquences sur les écosystèmes et les sociétés humaines seront dévastatrices.
  3. Organisation de Coopération et Développement Economiques (OCDE)

Source

Prospect of limiting the global increase in temperature to 2ºC is getting bleaker - AIE

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avatar Christophe Magdelaine / notre-planete.info

Gaz de schiste : une bataille mondiale d'ampleur inédite, une nouvelle catastrophe pour l'environnement




Les gaz de schistes connaissent présentement un essor extraordinaire aux États-Unis. En Europe, les compagnies pétrolières commencent à s'intéresser sérieusement à cette ressource de gaz non conventionnels. Leur exploitation causant une dégradation environnementale incommensurable, les écologistes et environnementalistes sont en alerte. C'est dans une certaine discrétion complice que la course aux gaz de schistes vient de commencer en France. Situation cornélienne : son exploitation pourrait nous assurer une indépendance énergétique tout en nous coûtant un cuisant désastre environnemental. Sachant que nos caprices économiques se conjuguent à une incurable myopie écologique, l'issue ne fait hélas aucun doute.

Gaz de schistes : kézako ?

C'est un gaz naturel dont le berceau se situe dans des roches mères organiques, comme les schistes noirs à grain fin. Les prémices de la formation d'un gaz naturel sont la photosynthèse, processus selon lequel les végétaux utilisent l'énergie solaire pour transformer le dioxyde de carbone et l'eau en oxygène et en hydrates de carbone. Au fil de la genèse et de la surcharge sédimentaire, ces hydrates de carbones générés par l'enfouissement des végétaux et de leurs résidus ingérés par les formes animales, se transforment en hydrocarbures sous l'effet de la chaleur induite par la pression. Cette quasi-percolation incite une majeure partie du gaz naturel à migrer des roches mères vers des roches plus poreuses tels le grès et le calcaire. On nomme « gaz de schistes » ceux demeurant dans des roches sédimentaires argileuses très compactes et très imperméables, tels les schistes, et qui renferment au moins 5 à 10 % de matière organique.
Une autre théorie presque oiseuse et dite inorganique avance l'hypothèse que les hydrocarbures ne sont pas issus de matières vivantes enfouies, mais auraient été emprisonnés dans la Terre lors de sa formation.
À part quelques rares pays n'ayant pas de bassins sédimentaires, on peut trouver des « shale gas » à peu près partout. Les réserves mondiales représenteraient quatre fois les ressources de gaz conventionnel. De quoi, si on arrivait à les exploiter, changer la donne de la géopolitique liée aux énergies fossiles. C'est aussi et alors l'occasion pour l'Occident de reprendre la main face à la Russie et aux pays du Sud producteurs de gaz et de pétrole. Un enjeu faramineux et face auquel le souci environnemental fera pâle figure.
La révélation de tels gisements exploitables représente, pour la société énergivore d'un nouvel âge que l'on qualifie d'oléocène, une manne considérable : du gaz dans le sous-sol d'un bout à l'autre de la planète, des milliers de milliards de mètres cubes en Europe, sept fois plus en Amérique du Nord et encore davantage en Asie et censément en quantité astronomique en Australie… Des décennies de gaspillage énergétique sont enfin possibles sans recours aux énergies alternatives et renouvelables, de quoi nous combler, nous enchanter !

Une solution écologiquement finale

Ces types de gaz sont dits non conventionnels parce qu'ils ne peuvent pas être exploités avec les modes de production classiques. Ils sont aujourd'hui produits en grande quantité aux États-Unis où ils représentent déjà plus de 10 % de la production gazière contre seulement 1 % en 2000. En Amérique du Nord, où tout ce qui est exploitable est exploité sur un mode minier et sans vergogne, l'engouement pour cette nouvelle providence a été favorisé par une réglementation environnementale moins contraignante, un droit de propriété privé étendu au sous-sol, le faible coût des forages associé aux avancées technologiques, le tout boosté par des incitations fiscales.
Une telle exploitation ravageuse n'est rendue possible que grâce à la technique de fracturation hydraulique des roches, ainsi qu'à une récente amélioration des méthodes d'extraction, en particulier par forage horizontal. Les gaz de schistes étant dispersés dans la roche imperméable, il est donc nécessaire de forer d'innombrables puits en fracturant la roche. Chaque puits exploitable ne l'est que brièvement, un suivant doit donc être foré quelques centaines de mètres plus loin, et ainsi de suite… À deux ou trois mille mètres de profondeur, la réunion des micro-poches à l'aide d'un explosif détonné pour chacune des brèches occasionne un véritable séisme. La fracturation se fait par un mélange d'eau en grande quantité, de sable et de redoutables produits chimiques propulsés à très haute pression (600 bars), méthode qui génère la remontée du gaz à la surface avec une partie du redoutable liquide de fracturation. Chaque « frack » nécessite quasiment 15 000 mètres cube d'eau (soit 7 à 15 millions de litres), un puits pouvant être fracturé jusqu'à 14 fois.
L'impact environnemental n'est donc pas neutre. L'eau utilisée doit être ensuite traitée car elle est souvent salée et contient des métaux lourds. La multiplication des forages et des réseaux de pipes affectent gravement les paysages, d'autant plus que la zone de drainage autour des puits étant faible, il peut y avoir un puits tous les 500 mètres.
Selon un rapport réalisé l'an dernier par l'EPA (Agence de protection de l'environnement américaine), l'activité du gisement de Barnett Shale, dans le nord du Texas, pollue plus que le tout le trafic automobile de cette ville de 725 000 habitants. Sous la ville de Fort Worth, des milliards de mètre cubes de gaz sont extraits chaque mois des couches profondes de roches de schistes, et des torrents de gaz sont drainés par des milliers de camions. Et si les habitants retrouvent même la présence du gaz à la sortie de leurs robinets, c'est que l'eau achemine des traces de produits chimiques injectés dans les puits. Du seul point de vue paysagé, par exemple dans le Colorado, à Garfield County, le désert est désormais hérissé tous les 200 mètres de puits de gaz de schiste.
Sur le continent européen, les bassins les plus intéressants sont situés en Europe du Nord et de l'Est et plus au sud, notamment en France dans le bassin du Sud-est. Le consortium Gash, auquel participe IFP Energies nouvelles, s'applique à établir une cartographie de ce type de ressources. Total vient d'obtenir un permis d'exploration dans la région de Montélimar. Des permis ont aussi été pris en Suède par Shell, en Allemagne par Exxon Mobil, en Pologne par presque tous les majors, ainsi qu'en Lituanie. Il faut noter que l'impact sur l'environnement ne sera pas du même ordre dans la petite et vieille Europe qu'aux États-Unis qui possèdent d'immenses espaces inoccupés. Le sujet prête donc ici davantage à débat sachant qu'il sera illusoire d'imposer des techniques d'exploitations rationnelles et respectueuses de l'environnement.

Savoir s'asseoir sur le Grenelle de l'environnement

L'atout d'un ministère de l'écologie, c'est de manier les paradoxes en usant du consensus économique, c'est d'exploiter le patrimoine tout en faisant accroire à sa sauvegarde pérenne, tel l'Office National des forêts qui partout protège les arbres en les coupant. Il va sans dire que dans un système qui s'auto-dévore il n'est guère possible de produire et de construire sans détruire. Que pouvait donc faire d'autre Jean-Louis Borloo, homme politique et non écologue militant d'une Terre-patrie, que d'accorder des permis de recherche ? Ils ont été confiés au pétrolier français Total associé au géant Texan Schuepbach (allié « par précaution » à GDF-Suez) pour un total de 9700 kilomètres carrés dans les régions de Montélimar, Nant et Villeneuve de Berg, soit une gigantesque et double cicatrice depuis Montpellier et Montélimar jusqu'aux confins du Parc naturel des Cévennes. Un permis de recherche est un euphémisme implicite qui signifie permis d'exploiter. Et le Larzac (et José Bové…) de ressortir la hache de guerre… Dans quelques mois, Total, GDF-Suez et Schuepbach Energy vont y creuser pour évaluer la rentabilité d'exploitation des milliards de mètres cubes de gaz qui doivent s'y cacher.
La technique de la fracturation hydraulique va à l'encontre de certains engagements arrêtés par le Ministère de l'Écologie qui a pourtant signé l'attribution des permis. Le Grenelle doit, par exemple, protéger les sources d'eau potables et les écosystèmes sensibles. Le Grenelle doit aussi réduire la gestion des émissions de gaz à effet de serre. La région choisie étant frappée d'une sécheresse endémique, tout particulièrement en Ardèche et en Drôme, les quantités d'eau à mobiliser sont incompatibles avec le principe de préservation des ressources aquifères énoncé à l'article 27 du même Grenelle.
Suivant notre devise d'exploiter la Terre jusqu'à la moelle, nous allons droit à un emballement herculéen de la si vaste et si complexe machine climatique, et la France ne va pas s'épargner d'y participer. A la clé : une indépendance énergétique qui vaut bien une catastrophe environnementale finale et réussie.

Liens

Josh Fox, réalisateur anti-gaz de schistes est classé terroriste par le FBI - OwniPolitics

Auteur

avatar Michel Tarrier

 
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